Cette histoire repose sur la rencontre de deux imaginaires : celui de la Catalogne et celui des Antilles. Avec cette histoire, j’ai voulu faire voyager la jolie tradition liĂ©e Ă  la lĂ©gende de la Sant-Jordi Ă  travers l’ocĂ©an.

J’ai choisi pour cela un oiseau endĂ©mique des Petites Antilles, le merle gris ou Quiscalus lugubris guadeloupensis, dont j’apprĂ©cie particuliĂšrement le chant, et une rose de porcelaine (Etlingera elatior), fleur tropicale Ă  la fois dĂ©licate et robuste. J’avais Ă  cƓur de transformer la fleur elle-mĂȘme en livre. Pour cela, quoi de mieux qu’un oiseau Ă  la voix mĂ©lodieuse, amoureux mais timide et forcĂ© d’écrire pour dĂ©clarer sa flamme ?

Quant Ă  Mathilde, la princesse de ma comptine, elle n’hĂ©site pas Ă  agir et Ă©crire sa propre histoire, rappelant que les princesses, comme les traditions, ne cessent d’évoluer.

La rose est un motif rĂ©current de la littĂ©rature amoureuse. Elle est gĂ©nĂ©ralement choisie Ă  la fois pour sa beautĂ© et pour son caractĂšre Ă©phĂ©mĂšre. Elle est donc une invitation Ă  vivre, et Ă  aimer avant qu’il ne soit trop tard : « comme Ă  cette fleur, la vieillesse // fera ternir votre beauté » ; « cueillez dĂšs aujourd’hui les roses de la vie ». Écrire des vers qui passent de bouche en bouche, et de main en main (grĂące aux livres) sur des pĂ©tales qui s’envolent, est une façon de confronter l’image de la fleur Ă©phĂ©mĂšre, celle des paroles qui s’envolent (verba volant) et celle des Ă©crits qui restent (scripta manent).

Dans le langage des fleurs, la rose de porcelaine symbolise des liens d’amour et d’amitiĂ© durables et solides.

Pour ce qui est du fromager, je l’ai choisi pour deux raisons : d’abord, j’ai eu la surprise d’en trouver sur le port de Barcelone, ce qui en fait un arbre catalan par excellence ! Ensuite, c’est un arbre dont le tronc est piquant. Mathilde est posĂ©e sur ses branches ; Jordi n’ose pas l’aborder
 les pointes du tronc matĂ©rialisent aussi les difficultĂ©s du petit hĂ©ros.